Credit Photo Jonathan Hume

Nicolas Brosseau

Nicolas a commencé dans le stylisme pour bifurquer vers l’univers du jouet en tant que directeur artistique. Tu vois ta Tortue Ninja Donatello reçue pour tes 10 ans ? Et bien c’est un gars comme Nicolas qui l’a pensée ! Il travaille aussi dans le cinéma pour maquiller, réaliser des prothèses, des accessoires et même des costumes pour des effets spéciaux. Multidisciplinaire, il imagine et réalise toutes les idées qui lui passent par la tête, c’est un peu Doc qui aurait fait un retour vers le futur, ou dans le passé. Non dans le futur ?!  Nom de Zeus, talent en vue !

Nicolas Brosseau, en une phrase, un mot, une expression, un jouet ?

Une phrase : lorsque l’on a un problème à résoudre, il convient de le décomposer mentalement en une somme de multiples petits problèmes afin de parvenir aux idées et aux éléments les plus simples (La règle de l’analyse dans le Discours de la méthode de Descartes).

Un mot : créer

Une expression : « poncer sa noix » (c’est une expression inventée qui signifie s’isoler du groupe et concevoir un petit truc inutile pour être bien)

Un jouet : Gi joe Mega Monsters Bio Viper de 1993 par Hasbro

Gi Joe Mega Monsters Bio Viper de 1993 par Hasbro
Gi Joe Mega Monsters Bio Viper de 1993 par Hasbro

Dans quel cadre réalises-tu tes oeuvres ? Est-ce des commandes ou tu y vas YOLO ?

Mon travail se divise en 2 catégories, les jouets et les accessoires/effets-spéciaux de plateaux pour les courts-métrages et le web. Dans cette dernière catégorie, ce n’est que de la commande. Pour ce qui est du jouet j’apprécie travailler mes propres concepts. Mais dernièrement, je commence à avoir des commandes. Je réalise en ce moment mes premiers devis.

Qu’est-ce-qui déclenche chez toi l’envie d’entamer un nouveau projet ?

Ça dépend des projets ! L’élément commun à tous reste l’envie d’avoir un nouveau jouet. Et c’est extrêmement grisant aujourd’hui d’avoir les capacités techniques pour le créer exactement comme dans sa tête. Sinon ça part parfois d’une couleur, un concept ou bien un élément précis que j’ai envie de sculpter comme des écailles ou une pince par exemple. Ensuite je cherche et définis tout ce qui s’articule autour pour créer ce nouveau jouet.

© Nicolas Brosseau

Tu sembles affectionner les jouets, pourquoi ?

Je n’ai jamais vraiment joué avec mes jouets. J’en prenais soin, je jouais avec en les étudiant. En cherchant à comprendre pourquoi telle couleur était peinte et d’autres directement en injection plastique. Pourquoi tel personnage avait exactement les bras issus du même moule que son acolyte. J’ai rapidement vu que les adultes dénigraient cette forme d’expression plastique. Quand il ne voyait qu’un jouet, moi j’y voyais une sculpture, faite à la main, extraordinaire ! Très rapidement j’ai compris qu’il y avait un champ d’expression formidable, et que les personnes qui concevaient ça le faisaient avec passion. Aujourd’hui, ce qui me plaît le plus, c’est l’impression de liberté à pouvoir imaginer, peindre, créer ce que je veux. Personne (comprendre « aucun adulte ») ne va me juger car c’est un jouet. Je peux imaginer n’importe quel monstre ou personnage, c’est hyper excitant.

© Nicolas Brosseau

Ton processus de création des jouets est très minutieux, tu peux nous en parler ?

Mon papa m’a appris assez jeune la règle de l’analyse issu du Discours de la méthode de Descartes. Il m’a expliqué que dans son travail, quand un problème était trop gros, il le fractionnait en une multitude de petits problèmes. Cette règle que j’ai apprise vers 12 ans a toujours raisonné en moi. Je l’ai associée à mon perfectionnisme. Un jouet se crée en plein d’étapes, il faut donner le maximum de soi-même pour chacune d’elle, sans rentrer dans l’excès, sinon c’est trop long et épuisant. Il faut faire sans cesse des compromis et s’écouter. Si on en a marre de poncer, et bien on passe à la peinture ! Et là, le plaisir revient immédiatement !

Pour résumer, la phase la plus importante est celle des recherches, textes et iconographiques. Avec des moodboards, je m’imprègne d’un univers très riche et diversifié. Ensuite je passe au croquis, plein de petites esquisses et généralement 2 voire 3 illustrations abouties pour bien définir le personnage. Après, je fais un model sheet de mon perso, généralement que pour son anatomie, pour m’aider à le sculpter.  Pour les accessoires et les costumes, une seule vue de face me suffit généralement. Par la suite je passe à la sculpture. En fonction de la matière et du projet, je la séquence en plusieurs morceaux et j’en fais un moule. L’édition est par la suite poncée, parfois re-moulée. Ensuite je coule ma résine et quand c’est sec, j’ouvre les moules et je clean chaque pièce. Je peins, j’assemble et hop ! Direct sur mon étagère !

© Nicolas Brosseau © Nicolas Brosseau © Nicolas Brosseau

© Nicolas Brosseau

Tu as commencé en tant qu’invité dans une émission sur l’univers du jouet, 20th Century Toy, et tu en es devenu chroniqueur. Qu’est-ce que ça t’apporte ?

Hélas la production a arrêté l’émission. Aujourd’hui je suis dans une nouvelle qui s’appelle La Crème toujours sur la JVTV, où on parle de pleins de médiums différents (comics, ciné, série, art, littérature, jouet etc.) De mon côté, je suis en charge de la chronique jouet tous les 15 jours. Pour cette première émission, j’y ai dessiné en direct la première ébauche finalisée de mon prochain jouet. Tout ça m’apporte beaucoup de confiance en moi, dans mon travail. À l’instar d’instagram (nicolas.brosseau) que j’affectionne énormément, partager et échanger, même virtuellement, est très galvanisant pour ma créativité. 20th century Toys mais aussi La Crème me permettent aussi d’exprimer des idées et des pensées beaucoup plus larges que le jouet. Celui-ci est un miroir de notre société, on peut aborder tellement de sujets avec lui. Ainsi le court temps de parole accordé me force à être pertinent et je tente d’étoffer ma réflexion à travers le jouet sur la créativité, la pédagogie, l’écologie, le capitalisme ou la notion de genre par exemple. Le jouet est un thème très ludique pour aborder tous les sujets auprès de tout le monde.

© Nicolas Brosseau

© Nicolas Brosseau © Nicolas Brosseau

Est-ce que pour toi il existe des jouets pour filles et des jouets pour garçons ?

Le problème, c’est que le monde capitaliste et la société patriarcale veulent nous faire croire. Personnellement je n’y crois pas. Il ne faut pas oublier que le jouet est créé dans une dynamique commerciale, avant tout pour faire de l’argent. Il fait donc au plus simple pour mieux vendre et tend ainsi à reproduire un schéma où l’homme et la femme ont chacun une place très définie. Schéma que je trouve complètement arriéré.

On constate cependant des améliorations intéressantes, par exemple les catalogues de jouet UN PEU moins sexiste, des poupées style Barbie Star Wars de Rey ultra badass pour fille ET garçon, des arcs et arbalètes Nerf fille (ça reste rose et violet mais c’est déjà un progrès qu’elles puissent elles aussi se battre. Si tant est que ce soit une valeur à défendre…). Mais pour débloquer l’achat, l’industriel va faire simple et premier degré, il ne veut pas changer le monde, il veut juste gagner sa part du marché. Par contre il est intéressant de voir comment il s’adapte au fur et à mesure des consciences qui évoluent. Mais il ne faut pas oublier aussi que le meilleur bulletin de vote reste son porte-monnaie. Si la société décide de boycotter une marque jugé trop sexiste, elle ne fera pas long feu avant de revoir sa copie…

© Nicolas Brosseau

© Nicolas Brosseau

L’expérience la plus cocasse que tu aies vécu ?

Celle qui me vient à l’esprit date de 2013. Norman m’avait demandé de sculpter une prothèse de pénis pour son sketch La cigarette électronique. J’ai dû sculpter pendant 4 jours avec des photos de pénis partout sur mon bureau. Jusqu’à ce que je me souvienne en avoir moi-même un. J’ai ainsi fini de sculpter sans pantalon pour finir à temps. La pose sur le front de Norman était une expérience assez étrange, d’autant plus que ce sont mes poils de torse que j’ai collé pour réaliser la toison au dessus. Je crois que Norman n’était pas très à l’aise ! (Je sais pas si c’est très pertinent de parler de ma bite après avoir parlé de patriarcat et de genre…)

Une des œuvres de Nicolas Brosseau sur le front du youtubeur Norman
Une des œuvres de Nicolas Brosseau sur le front du youtubeur Norman

Ta plus grande fierté ?

Je crois que c’est un texto de mon Papa me félicitant chaudement pour mon travail suite à l’émission où j’étais invité de 20th century Toys . J’étais tellement fier. Mais tellement fier.

Si tu n’étais pas dans une voie créative, que ferais-tu ?

Je pense que je serais brocanteur !

Une expo/un lieu/un plat/une chanson/évènement… qui t’a marqué ?

Un des pavillons européens à l’exposition d’art contemporain pendant la Biennale de Venise en 1993, j’avais 6 ans. Je découvrais pour la première fois Paint. Le spectateur pouvait créer n’importe quoi et une personne enregistrait au fur et à mesure. Je me souviens parfaitement avoir fait des gribouillis noirs, un gros carré vert et un gros cercle rouge. J’étais subjugué par ce médium, terrassé.

© Nicolas Brosseau © Nicolas Brosseau © Nicolas Brosseau

Tu préfères faire des petits aspirateurs pour apprendre très jeunes aux petites filles à faire le ménage ou faire des jouets pour chiens ?

Les jouets pour chiens bien sûr ! Ça doit être vraiment très cool à faire parce que ça peut faire pouet pouet. C’est quand même super marrant. Après je trouve ça vraiment glauque d’utiliser du plastique et de la force humaine délocalisé pour produire une saloperie inutile pareille. Alors je le ferais en bois, et il ne fera pas pouet pouet, tant pis !

Quinconce, ça veut dire quoi pour toi ? (pour nous ça veut dire beaucoup)

Pour moi, ça veut dire s’imbriquer, se connecter. Un ensemble de plusieurs choses qui ne fait finalement qu’un. (Je viens de regarder la définition… C’est pas vraiment ça. Mais je garde ma réponse quand même !)

Un conseil pour les jeunes (et moins djeun’s) entrepreneurs ?

Il faut avoir la passion. Et l’altruisme. Et le respect de la terre.

Que fais-tu demain ?

Je vais mater un super film d’horreur avec mon meilleur copain.

T’as le droit à un big up créa, il est pour qui ?

Je l’ai déjà salué dans l’émission 20th mais j’adore son travail, Julio Sanchez Roldan, Betterdaystoys sur Instagram. Son travail est extrêmement formidable !


L’instagram de Nicolas, c’est ici !

Photo portrait de Nicolas Brosseau en tête d’article © Jonathan Hume

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Un commentaire pour “Nicolas Brosseau

  1. Merci pour cette interview (1ere fois que je viens sur le site mais je suis Nicolas Brosseau depuis 20th Century Toys).

    Très déçu par contre de l’arrêt de l’émission, remplacée par une émission pas terrible qui ressemble énormèment à de la télévision.
    Je continue à le suivre sur son instagram du coup.
    Continuez comme ça.

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