Fa Fli

Fanny c’est FaFli, nouvelle prêtresse de la broderie à la main ! Et c’est beau, mais pas que ! Pour elle, c’est un médium pour mêler travail manuel thérapeutique et engagement politico-social. Son fil d’Ariane créatif, c’est avant tout les femmes, et les images rituelles et religieuses qui viennent questionner notre réalité. Son travail s’inscrit dans le courant artistique et pacifique appelé « craftivisme » (craft : fait main, et activisme) comme un coup de poing au monde patriarcal qui nous entoure.

Fa Fli en un mot, une expression, une broderie ?
Starfoullah ! (mon juron préféré quand je rate)

Pourquoi la broderie ?
Parce que c’est thérapeutique pour moi ; c’est un genre de méditation active qui produit du beau. Parce que c’est un art assez accessible aussi, si on a peu de moyens et pas de formation académique (ce qui est mon cas).

Comment as-tu appris à broder ?
J’ai essayé une première fois en mode yolo, sans tuto, sans rien, c’était une catastrophe. J’ai mis 2 heures à broder un tiers du nom de mon chat, le rendu était franchement immonde et j’avais mal partout. Beaucoup plus tard, ma meilleure amie m’a montré comment faire le point arrière (le point de base qui permet de faire des lignes), après j’y suis allée en mode furie, j’ai plus arrêté de broder. Je crois que j’avais juste besoin de cette invitation par une personne chère à mon cœur, une courte-échelle. Ensuite, j’ai beaucoup appris en autodidacte, en testant, en ratant. Mon premier tuto vidéo, je l’ai regardé très tard. Je n’en regarde quasi jamais en fait. Je préfère de temps en temps m’appuyer sur un très bon bouquin qu’une brodeuse de ma famille m’a offert : La broderie pas à pas, aux Editions du Chêne.

Broderie sur photo, linogravure Quelles sont tes inspirations ?
J’en ai plein… je me nourris beaucoup des découvertes artistiques et culturelles transmises par ma famille, mes ami.e.s, les personnes engagées que je suis sur Instagram : peintures, graphisme, tatouage, illustration… Je lis énormément aussi, ça stimule beaucoup mon imagination, ça entretient mes convictions, et comme les deux sont liées… D’ailleurs, j’en profite pour vous conseiller le dernier livre de Mona Chollet, Sorcières, la puissance invaincue des femmes, je viens de le finir, j’ai envie de faire la révolution.

Es-tu à l’origine des dessins que tu brodes ?
Je prends beaucoup de modèles que je trouve sur Internet ou dans des livres (photos, estampes, tableaux), d’artistes divers : Le Douanier Rousseau, Ingres, Kitagawa Utamaro, Boticelli… (diantre, je réalise que y’a que des mecs dans ma liste…il faut que je me reprenne).  Puis, je redessine, j’interprète, à ma sauce.

Kitagawa Utamaro par Fa Fli

Est-ce que c’est pas un peu paradoxal d’utiliser cette activité connotée “de ménagère” pour illustrer des femmes fortes / livrer un discours féministe ?
Bonne question ! Bon déjà, entendons-nous bien, c’est la société patriarcale (toute pourrie) dans laquelle on vit qui associe la broderie à une activité féminine, qui déprécie les activités et valeurs dîtes « féminines », et donc, qui déprécie le statut de « ménagère »…  Moi je n’ai aucun problème à ce qu’on m’associe aux ménagères, parce que j’ai une grande admiration et un grand respect pour toutes les femmes qui font le ménage, et celles qui se tapent encore la majorité des tâches domestiques à la maison… big up les meufs !
Il y a quelque temps, j’ai lu sur Internet un texte d’une brodeuse qui disait que la broderie avait toujours été reléguée à un statut de sous-art parce que pratiquée par une majorité de femmes, et que broder aujourd’hui, faire connaître ses créations tout en assumant un discours féministe, c’est contribuer à revaloriser cette pratique et toute expression artistique pratiquée par des femmes. Je suis d’accord.
Globalement, pour ce qui est du féminisme et de l’art, pour moi, tous les moyens sont bons. T’as envie de partager tes convictions féministes en faisant des sculptures en coquillettes ? Vas-y, let’s go !

Beyoncé par Fa Fli

Te considères-tu comme féministe ?
Oui. Et même anarcho-anticapitalo-écolo-féministe. Tout un programme.

Ton obsession pour la religion (cœurs sacrés, icônes religieuses…), ça vient d’où et pourquoi ?
Depuis petite, je suis très curieuse de la culture religieuse, ça me fascine. Il fut un temps, je voulais devenir historienne des religions. Aujourd’hui, il y a certaines figures redondantes de la culture chrétienne qui me passionnent pas mal, mais pas toutes. Par exemple, le Christ en croix, c’est pas du tout ma tasse de thé. J’aime beaucoup la figure de la Vierge, parce que c’est une image de femme « positive » (ça se discute bien sûr) qu’on retrouve dans toute l’Histoire de l’art occidental. Et nous les femmes, on n’a pas des masses de figures positives auxquelles s’identifier… Mais ces images, ces symboles, je les explore aussi avec beaucoup de second degré, j’en exploite le côté kitsch, j’aime les sublimer tout en m’en moquant un peu…

Comment expliques-tu ce retour à l’activité manuelle ?
On a tou.te.s un corps, qui vit, qui souffre, que la joie traverse. Dans une société où tout est rendement et consommation, je crois que les individus aspirent à retrouver un lien avec leur corps, et avec les autres. L’activité manuelle ça mobilise le corps tout entier, ça ralentit le temps, ça émancipe des logiques consuméristes. Et ça fait du bien, ça aide à se connecter à soi et au monde.

Est-ce que tu souhaiterais en faire ta principale activité ?
Oui et non. J’ai un autre métier dans la vie, un métier qui se fonde sur la relation à l’autre et j’en ai besoin (d’un revenu à peu près garanti aussi en passant). Mais j’aimerais avoir plus de temps pour la broderie aussi, idéalement j’aimerais faire du 50/50 (on peut rêver).

Tu préfères ne broder plus que des déclinaisons de la face d’Éric Zemmour dans un cœur ou mettre feu à 567 ouvrages féministes ?
Je préfère mettre le feu à 567 portraits d’Éric Zemmour. Une bonne idée d’activité à faire pour un week-end entre ami.e.s tiens (je note).

T’as le droit à un big up créa, il est pour qui ?
J’en partage trois, parce que faut pas se priver :

Sophie Goudjil – réalisatrice, metteuse en scène – elle a une série de courts métrages, Constellation, qui présente des femmes créatrices/artistes, trop bien.
Le médaillon de ma mie : broderies et linogravures de vulves super belles.
Azk // Shandi : Artiste-occulte de Montréal qui produit des œuvres qui mêlent art et sorcellerie 

Une expo/un lieu/une tapisserie… qui t’a donné des palpitations ?
La tapisserie de Bayeux. Toute l’œuvre de Frida Kahlo (tachycardie perpétuelle pour ma part).

Quinconce ça veut dire quoi pour toi ? (Pour nous ça veut dire beaucoup)
C’est comme le tableau de bois de quand j’étais petite, dans les cases duquel je mettais mes fèves de galette des rois, mes petits bibelots, mes « babies ». Mais là c’est sur Internet et c’est avec des artistes formidables à découvrir (et soutenir).


Pour suivre Fa Fli sur Instagram, c’est par là.
Et pour (s’)offrir une (ou mille) de ces petites beautés, c’est par ici !

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