Daphné Huynh

Daphné, c’est la femme couteau suisse par excellence, tantôt actrice, pole dancer, effeuilleuse burlesque ou encore modèle à ses heures.
Dans une société au fort pouvoir patriarcal, Daphné exprime à travers ses différentes activités artistiques, une vision du féminisme libertaire: Pouvoir disposer de son esprit, jouer de la sensualité de son corps comme elle l’entend. Daphné fait bouger les lignes en désacralisant l’intimité d’un corps nu et prône en toute bienveillance l’acceptation totale de soi en faisant fi du qu’en-dira-t-on.



Daphné Huynh en un mot, une phrase, une danse?
En un mot : (Plutôt 2) Bitch féministe
En une phrase : « Do whatever makes you happy »
En une danse : Toutes les danses exotiques, bien sûr !

Tu as commencé par le conservatoire en art dramatique, comment es-tu arrivée au burlesque ? Est-ce toi qui crées tes personnages ?
J’ai été fascinée par le burlesque en assistant à des spectacles qui, à l’époque, avaient lieu au Rock Classic. Je trouvais tous ces artistes absolument magnifiques et je me suis dit « moi aussi, je veux en être ». J’ai donc créé mon premier personnage de femme à moustache, j’ai rencontré les personnes qu’il fallait, j’ai travaillé et retravaillé ce premier numéro sous l’œil de professionnels du milieu et on m’a proposé de participer au show de la Forbidden New Burlesque début 2016, et la machine a été lancée. Je crée tous mes personnages, de la chorégraphie en passant par le montage audio, au maquillage et à la conception costume. Pour le stylisme, je suis aidée par une amie costumière très talentueuse, Elise Abraham, sans qui mes numéros ne seraient pas les mêmes.

@neilnezkendall

Certain-e-s te reprochent de nuir à la cause féministe en dévoilant et en sexualisant ton corps dans ton travail : que leur réponds-tu ?
Que c’est tout le contraire ! La meilleure façon de nuire au féminisme est de dire aux femmes ce qu’elles doivent faire et comment elles doivent se comporter.
L’objectivation, la vulgarité et l’avilissement résident seulement dans les yeux de la personne qui regarde et qui émet un jugement.
Tant que l’on fait ce qui nous plaît, que ce soit à poil ou en col roulé, en public ou en privé, et qu’on est heureux comme ça et heureux que les autres le soient de leur côté, alors le féminisme se porte à merveille.

Picture by @salomeoya for @projetpieuvre

Quand on utilise son corps comme tu le fais, on est forcément décomplexé ?
Je ne connais personne qui n’est pas un peu complexé par quelque chose, même quand cette personne semble avoir le corps parfait ou dégage une parfaite assurance.
Mettre mon corps en scène comme je le fais m’a permis de passer outre mes complexes, que j’ai toujours mais qui ne m’empêchent pas de vivre ni de me trouver belle.
Aucun corps ne ressemble à l’autre, et cela ne quantifie en rien le degré de beauté de quelqu’un.

@stecor_burlesque_photographer

En étant actrice et danseuse, tu joues autant avec ton corps que ton esprit : penses-tu que les deux sont intimement liés ou deux entités à part ?
Les deux disciplines se complètent parfaitement. Je crois qu’être actrice me permet de mieux exprimer mes émotions de danseuse, de soutenir le regard du public et de m’en nourrir, et être danseuse me permet d’avoir une meilleure conscience de mon corps, de son positionnement, son apparence et sa mobilité dans l’espace.

Tu te définis comme « slutshaming fighter », tu peux nous en parler ? Comment cela se traduit dans tes activités d’actrice et de danseuse ?
Je suis devenue « militante anti-slutshaming » par la force des choses. J’ai toujours été très concernée par les problématiques féministes, mais celles qui me touchent le plus sont celles qui concernent la libre disposition de nos corps de femmes et de nos désirs. Mes numéros de danse sont souvent très sensuels et mes photos sur les réseaux sociaux le sont aussi. Évidemment que je suis consciente de séduire à travers tout ça, mais ce n’est pas le but recherché. C’est surtout parce que j’aime ça, aussi bête que cela puisse paraître. J’aime me sentir au top de ma sexualité. Cela me donne un plaisir incommensurable, et j’essaye de faire en sorte que d’autres femmes découvrent ce pouvoir là en elles, sans obliger qui que ce soit mais en leur faisant comprendre qu’elles aussi peuvent le faire et qu’il n’y a aucune honte à « faire la pouf » comme j’aime dire. Même si notre société occidentale paraît de plus en plus ouverte sur les questions d’égalité et de lutte pour les droits des femmes, elle reste profondément et insidieusement ancrée dans des automatismes de pensée qui datent du Moyen-Âge. Une femme ne doit pas faire ci ou ça/se montrer comme ceci ou cela au risque de véhiculer la mauvaise image, son corps doit rester du domaine du privé et de l’intime sinon elle ne se casera jamais, et j’en passe. Même des individus à priori très féministes peuvent avoir ce genre de préjugés. Et combien de fois n’ai-je pas entendu de la part de mecs (avec qui j’ai eu une aventure ou non, d’ailleurs) : « Je ne sais pas si je serai capable d’accepter ça », « J’admire ce que tu fais pour la cause des femmes, mais heureusement que t’es ma pote et pas ma copine », « Tu es intimidante, sûre de toi et indépendante, comment on est censés se sentir face à toi ? », … C’est du slutshaming aussi, quelque part. Cela sous-entend qu’une femme libre, entreprenante et jouant avec sa sexytude n’aurait pas le droit à l’amour sincère et romantique, que notre corps ne nous appartient pas mais est la propriété de l’homme auquel on décide de s’offrir, que nous sommes des fantasmes mais jamais des réalités concrètes. Du côté de l’acting, on m’offre souvent des rôles où il faut être à l’aise avec la nudité, mais je fais attention à ne pas rester enfermée dans cet emploi. Faire changer les mentalités de ce point de vue là est assez douloureux, mais c’est un sujet qui me donne envie de taper du poing sur la table, de prendre un char et de gueuler mes tripes.

@soleneballesta 

7. Dans ton travail d’actrice, qu’est-ce-qui déclenche l’envie de participer à un projet ?
J’aime les rôles qui sortent un peu des sentiers battus. Donnez-moi tout sauf du lisse, s’il vous plaît !
Ce qui déclenche mon avis de participer à un projet, c’est surtout l’équipe professionnelle qu’il y a derrière, la conviction qu’on fera du beau travail, quelque chose d’original et le fait d’avoir rencontré de belles personnes.

Daphné dans Projet Pieuvre, elle te ressemble ?
Je pense qu’Arthur (le réalisateur) s’est clairement inspiré de ma petite personne pour créer mon personnage et écrire les scénarii, mais il y a évidemment un peu de fiction.
Cela dit, tous les dialogues de nos saynètes sont improvisés et c’est clairement ma personnalité qui ressort dans ces moments-là.

La Pole Dance est incroyablement physique, tu fais du sport en plus ?
Non, tout simplement parce que je n’ai pas le temps (ou je ne me l’accorde pas). J’ai essayé de faire un peu de sport en salle pendant quelques mois, mais j’ai vite laissé tomber parce que ça ne m’amusait pas autant que de me balancer à 3 mètres du sol la tête à l’envers ! Le secret de la pole dance, c’est vraiment la régularité. Et je dois avouer que ces derniers temps, je me laisse un peu aller. Heureusement, le championnat de Belgique approche et je vais devoir m’y remettre pleinement !

Lawrence Schoonbroodt

De toutes les disciplines que tu pratiques, t’as une pref ?
Le théâtre et le jeu d’actrice est à la source de tout, et par conséquent est mon premier grand amour. Alors, même si je n’aime pas faire ce genre de choix, si je devais n’en retenir qu’un, ce serait celui-là. Car il me permettrait aussi de danser dans certains rôles (comme Christine Delmotte m’a fait l’honneur de le faire au Théâtre des Martyrs le mois dernier dans Ce qui arriva quand Nora quitta son mari), tandis qu’être danseuse et avoir du dialogue me paraît plus compliqué !

Si t’étais pas comédienne / danseuse / modèle, qu’est que tu ferais ou serais ?
J’aurais sans doute ouvert mon agence de voyages ! J’adore voyager et faire la guide touristique pour mes amis, organiser et faire tout ce que le commun des mortels n’aime pas, c’est-à-dire planifier. Ou alors je serais sans doute photographe, car j’aime beaucoup trop ça aussi.

Tips pour aller voir des spectacles burlesques ?
Venir l’esprit et les yeux grands ouverts, s’apprêter à crier et à applaudir car les artistes ne se nourrissent que de ça !
Aller régulièrement au Cabaret Mademoiselle, ZE PLACE TO BE à Bruxelles pour avoir une belle diversité de disciplines.
Mais il y aussi la Bénédiction Party, le Sassy Cabaret…
À Paris, il y a le Cabaret Burlesque de la Nouvelle Seine et les shows de La Big Bertha et de Charly Broutille qui valent le détour.

Tu as le droit à un big up créa, il est pour qui ?
Je fais un big up à Romain Boonen, ingénieur du son de son état, qui part cette semaine en Ethiopie enregistrer de la musique pour l’artiste Ozferti.
Ils vont s’inspirer du pays, créer avec des musiciens locaux, et ça va sans doute être de la bombe atomique.

Une expo/un lieu/un plat/une chanson… qui t’a donné des palpitations ?
Côté scène, mon spectacle préféré reste Kiss & Cry de Michèle Anne de Mey et Jaco Van Dormael. Je l’ai vu 3 fois et j’ai pleuré à chaque fois.
Je ne me lasse jamais d’aller voir Le Lac des Cygnes également quand j’en ai l’occasion.
Pour le reste, l’expo Klimt à l’Atelier Lumières de Paris, les paysages du Vietnam, les frites bien assaisonnées de sel et la version live de Swimming d’Emilie Simon pendant son concert à l’Olympia en 2007 m’ont donné des palpitations. Et dernièrement, côté bouquins, L’Amant de Lady Chatterley de D.H. Lawrence m’a bouleversée.

Quinconce ça veut dire quoi pour toi ? (pour nous ça veut dire beaucoup)
La première chose qui me vient à l’esprit, c’est quand on devait se mettre en quinconce pour mettre en scène ma choré de twerk au Théâtre des Martyrs en février.
Donc désolée, mais quand j’entends ce mot depuis quelques semaines, je vois des fesses bouger dans tous les sens !

Une actu à partager ?
J’ai l’immense plaisir de jouer dans une grosse production théâtrale à la fin de l’année, Linda Vista (dans une mise en scène de Dominique Pitoiset). En Belgique, nous passerons au Théâtre de Liège et nous ferons une grosse tournée française. Le Théâtre des Gémeaux et La Maison des Arts de Créteil en région parisienne, Annecy, Grenoble, Dijon, Chalon-sur-Saône et Antibes font partie des lieux confirmés. J’ai hâte !

@soleneballesta 

Pour suivre Daphné Huynh c’est par ici

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