Maud Levavasseur

Maud Levavasseur est photographe. Avec une grande délicatesse, elle dévoile les corps féminins mais surtout, raconte les histoires des êtres qui les incarnent à travers des visuels intimes et sensuels. Maud déconstruit les canons de beauté de notre époque afin de prôner la bienveillance et montrer que la vraie notion esthétique est dans la diversité. Apprendre à aimer son image, celle de l’autre, afin de se délester des injonctions sociétales et faire la paix avec soi-même.

Maud Levavasseur en un mot, une expression, une photo ?
C’est difficile mais en un mot je dirais : Bienveillance.
Et en trois peut-être : Celle qui écoute.
Je ne sais pas.

Comment tu en es venue à la photo ?
J’ai démarré la photographie très jeune, j’avais 13 ans environ, c’était dans une forme de déambulation méditative dans la nature, j’attendais des heures dans la forêt et dans les plaines pour voir des animaux et je me baladais beaucoup très tôt le matin ou en fin de journée pour avoir les meilleures lumières. Une approche très spontanée et instinctive. Puis j’ai très vite développé une fascination pour le corps qui a toujours été au coeur des réflexions dans mes sujets d’études ; en Arts appliqués (Bac) par une approche sensorielle à la typographie, en Design Graphique (Bts) par le développement d’une application sur la découverte et méthodes d’éducation somatique et en formation photo aux Gobelins dans le lancement de mon projet de fin d’études Corpus.

C’est quoi tes inspis ? Quel est ton processus de création ?
Une de mes inspirations principales qui m’a lancé dans cette approche du projet corpus, c’est le documentaire Arte Venus, confessions à nu que j’ai trouvé d’une telle beauté. Mais aussi énormément de lectures, de conférences, de podcasts qui ont affiné ma perception des choses. Je passe toujours par une phase réflexive avant de faire des images, j’ai besoin qu’il y ait un sens à ce que je fais même quand l’approche paraît purement esthétique et puis lorsque j’ai suffisamment cadré les choses, je suis beaucoup plus spontanée pour évoluer dans une direction que je me suis fixée. Les images que je fais sans réflexion ne vivent jamais très longtemps et paraissent futiles et pauvres à mes yeux.

Ton travail s’axe sur  le corps et/ou la nudité féminine. Quel est le message derrière ton travail ?
C’est un message d’acceptation de soi et de bienveillance. Je pense sincèrement qu’il y a de la beauté en toute personne et je cherche à faire émaner cela par l’approche corporelle, à faire parler les corps. Ça s’inscrit dans une approche tournée vers l’humain, la femme et son identité et sur le corps ancré, habité et marqué d’un vécu qui lui est propre.

Photographier un large panel de corps, c’est thérapeutique pour toi ? Que retires-tu de tes rencontres ?
Oui, j’aime dire que je fais une forme de photothérapie, en ma qualité de photographe et d’oreille attentive. Photothérapie pour les femmes que je rencontre et qui me livrent avec beaucoup de confiance des histoires pas toujours faciles. Mais j’en retire surtout personnellement une richesse de l’apprentissage de l’autre, de sa situation, sa condition, ses questionnements, ses conditionnements et ça fait mûrir en moi beaucoup de choses ; parfois de la colère et de l’indignation de voir ce qui lui est infligé ou ce qu’elle s’inflige mais aussi beaucoup de gratitude à son égard de m’ouvrir les portes de leur intimité. Et puis je crois que je recherche aussi une forme de sororité, d’entraide et d’entre soi.
Dans mes entretiens, j’ai pour support des questions mais très souvent ça dérive, ça évolue avec chacune en fonction de leur histoire et de mes problématiques personnelles du moment sur lesquelles – par le biais de ces échanges – j’avance dans ma réflexion personnelle.

Est-ce que le corps des hommes pourrait faire l’objet d’un projet ?
C’est une question que l’on me pose souvent mais c’est vrai que je n’aime pas vraiment photographier les hommes. Je n’en suis peut-être pas à cette étape d’avoir envie de leur donner la parole non plus. J’ai envie d’accorder de mon temps et de ma bienveillance aux femmes. Mais peut-être que j’y viendrais pour participer à la déconstruction du mythe de la virilité, car un regard féminin sur le corps des hommes tout comme sur le corps des femmes me paraît assez indispensable. Mais pour le moment, j’ai plutôt envie de valoriser les femmes cisgenres, transgenres et non-binaires.

L’importance du physique, c’est universel d’après toi ? Ça concerne principalement les femmes ?
Je ne suis pas sûre de répondre à ta question, mais depuis que j’ai commencé ce projet qui est très axé et basé sur le corps, le canon de beauté, l’image du corps de référence, les stéréotypes… j’ai en parallèle fait un travail personnel sur la conscience de mon corps et sur mon détachement de celui-ci. Je suis dans une forme de désintérêt de l’image du corps, je n’ai pas d’avis sur le fait qu’un corps soit beau ou non. Disons qu’ils le sont tous et que je ne place pas mon intérêt en cela. Ce qui m’intéresse le plus c’est la personne qui habite ce corps, d’où le travail d’interview qui est primordial pour moi, ça donne tout son sens à ma démarche et tout son intérêt à mes images.
Le physique n’a pas d’importance mais puisqu’il est constamment mis en avant sous la même forme, avec les mêmes codes et attentes, que ça touche toutes les femmes et qu’elles ne s’y retrouvent pas, alors j’ai envie d’apporter ma contribution visuelle pour inonder de cette beauté de la diversité. Mais bien sûr, ça ne concerne pas que les femmes.
Je pense que l’importance accordée au corps/physique est variable d’une culture à l’autre et que les attentes et canons sont différents mais que c’est un problème universel. Aucun contre-exemple à ma connaissance ne vient invalider ça. Mais je serais ravie d’en apprendre à ce sujet pour renforcer mon discours !

Quelle serait la solution selon toi pour sortir de cette problématique ?
Une introspection de chacun et un éveil de la conscience. Et puis une plus grande ouverture d’esprit avec un regard indulgent et bienveillant posé sur son prochain.  
C’est valable pour toutes les grandes problématiques donc j’ai envie de vous citer Pierre Rabhi avec la Légende du colibri :  
“Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! »
Et le colibri lui répondit : « Je le sais, mais je fais ma part. »”
Il faut donc faire sa part à son échelle pour prétendre à un impact plus grand et espérer peut-être une réaction en chaîne et un éveil des mentalités.

Les légendes de tes photos du projet Corpus sont fortes, personnelles, parfois violentes. C’est important de donner la parole à tes modèles ?
C’est central même. Ça apporte toute la consistance à mon projet et tout l’intérêt que je lui porte. Je dis souvent aux femmes (et non pas modèles puisque ça n’est pas toujours le cas) que l’important n’est pas le résultat des images mais surtout l’échange que l’on a avant en interview et pendant la séance. Après bien sûr, quand le résultat est là, c’est encore mieux ! Mais sans attente, pas de mauvaise surprise et pas d’angoisse créées inutilement non plus.

Tu fais aussi de la vidéo, des podcasts… ça dit quoi de plus que la photo ? Ça te permet d’incarner les corps que tu photographies ?
Les légendes permettent effectivement d’incarner les corps que je photographie, les podcasts sont un travail qui est encore en construction, disons que d’avoir ces interviews de manière sonore me permet une liberté d’explorer d’autres techniques et approches qui peuvent heurter différemment le spectateur. Et c’est aussi un médium intéressant en exposition donc je me donne cette possibilité-là. Pareil pour la vidéo, c’est un médium intéressant qui apporte une autre dimension.

Quelle partie du corps te touche le plus ?
Toutes et aucunes.

Tu utilises quel type d’appareil photo ? Numérique ou argentique ?
Un reflex Canon plein format. Ça me permet d’avoir plus facilement la mainmise sur une direction chromatique ensuite qu’avec de l’argentique même si je trouve ça très intéressant à travailler aussi. Et plusieurs optiques, qui me permettent de m’adapter au différents lieux (plus ou moins de recul etc). Mais le matériel n’a pas d’importance plus que ça à mon sens. N’en faisons pas un sujet.

Un conseil pour les jeunes (et moins djeun’s) photographes ?
Cherchez un sujet avant de vouloir un résultat. Et questionnez les images que vous produisez, ce qu’elles renvoient comme messages. Mais je suis encore jeune donc je ne me sens pas vraiment légitime de répondre à cette question ! Et c’est valable pour les photographes de tous âges.

Tu as le droit à un big up créa, il est pour qui ?
Pour mon amie Océane, maya_culpa sur Instagram, qui est graphiste et illustratrice et dont j’aime beaucoup le travail, les problématiques et les thématiques qu’elle aborde. Je vous laisse découvrir.

Tu fais quoi demain ?
Un rendez-vous pro sur des bijoux puis l’editing de mes photos des fabuleuses Amélie, Astrid et Manon que j’ai photographiées ces dernières semaines tout en écoutant les podcasts éclairés/éclairants de La Poudre et des Couilles sur la table. Et puis si j’ai le temps, j’irai voir l’exposition photo Circulation(s) au 104 à Paris où une amie expose.

Une expo/un lieu/un plat/une photo qui t’a donné des palpitations ?
Un livre, celui de Camille Froidevaux-Metterie – Le Corps des femmes : la bataille de l’intime. À mettre entre toutes les mains.

Quinconce ça veut dire quoi pour toi ? (pour nous ça veut dire beaucoup)
Ça m’évoque une approche pluridisciplinaire d’un sujet par le biais de différents médiums et différentes techniques.
Et ça m’évoque aussi l’humain symbolisé sous une même forme (le rond) et formant un tout avec des singularités parfois imperceptibles. Différentes identités et différents genres dans une avancée transversale, parallèle, côte à côte.

Une actu au coin du feu ?
Un appel à candidature que je tente sur le sujet des femmes, qui, il me semble, est totalement fait pour moi ! Croisons les doigts.

Merci Maud !


Pour suivre le travail de Maud ou participer au projet Corpus, ça se passe sur Instagram et sur son site !

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